Lire le Coran pour autrui, vivant ou mort
Le Cheikh Ibn Bâz : la lecture offerte à autrui n'a pas de preuve ; l'aumône, l'invocation, le hajj et le jeûne dû profitent au vivant comme au mort.

س: لي والدة لا تقرأ وأحب أن أبرها وكثيرًا ما أقرأ القرآن وأجعل ثوابه لها، ولما سمعت أنه لا يجوز عدلت عن ذلك وأخذت أتصدق عنها بدراهم، وهي الآن حية على قيد الحياة، فهل يصل ثواب الصدقة من مال وغيره إليها سواء كانت حية أو ميتة، أم لا يصل إلا الدعاء، حيث لم يرد إلا ذلك كما في الحديث: «إذا مات العبد انقطع عمله إلا من ثلاث وذكر: ولد صالح يدعو له»؟
Question : j'ai une mère qui ne sait pas lire, et j'aime être bon envers elle ; je lisais souvent le Coran en lui en attribuant la récompense. Lorsque j'ai entendu que cela n'est pas permis, j'y ai renoncé et je me suis mis à faire l'aumône pour elle en argent ; elle est aujourd'hui vivante. La récompense de l'aumône, en argent ou autre, lui parvient-elle, qu'elle soit vivante ou morte, ou bien seule l'invocation parvient-elle, puisque seul cela est rapporté, comme dans le hadîth : « Lorsque le serviteur meurt, ses œuvres s'interrompent, sauf trois », parmi lesquelles il a mentionné : « un enfant vertueux qui invoque pour lui » ?
وهل الإنسان إذا كان كثير الدعاء لوالديه في الصلاة وغيرها قائما وقاعدا يشهد له الحديث بأنه صالح ويرجى له خير عند الله؟ أرجو الإفادة ولكم من الله الثواب الجزيل.
Et l'homme qui invoque beaucoup pour ses parents, dans la prière et en dehors, debout et assis, le hadîth témoigne-t-il en sa faveur qu'il est vertueux et qu'on peut espérer pour lui du bien auprès d'Allâh ? J'espère une réponse, et qu'Allâh vous accorde l'abondante récompense.
ج: أما قراءة القرآن فقد اختلف العلماء في وصول ثوابها إلى الميت على قولين لأهل العلم، والأرجح أنها لا تصل لعدم الدليل، لأن الرسول ﷺ لم يفعلها لأمواته من المسلمين كبناته اللاتي متن في حياته عليه الصلاة والسلام، ولم يفعلها الصحابة وأرضاهم فيما علمنا، فالأولى للمؤمن أن يترك ذلك ولا يقرأ للموتى ولا للأحياء ولا يصلي لهم، وهكذا التطوع بالصوم عنهم، لأن ذلك كله لا دليل عليه، والأصل في العبادات التوقيف إلا ما ثبت عن الله سبحانه أو عن رسوله ﷺ شرعيته.
Réponse : quant à la lecture du Coran, les savants ont divergé sur la question de savoir si sa récompense parvient au mort, en deux avis parmi les gens de science. L'avis prépondérant est qu'elle ne parvient pas, en l'absence de preuve ; car le Messager ﷺ ne l'a pas pratiquée pour ses morts musulmans, comme ses filles qui moururent de son vivant (ʿalayhi as-salâtou was-salâm), et les Compagnons (qu'Allâh les agrée) ne l'ont pas pratiquée, à notre connaissance. Le plus convenable pour le croyant est donc de délaisser cela : il ne lit ni pour les morts ni pour les vivants, et ne prie pas pour eux ; de même pour le jeûne surérogatoire à leur place ; car tout cela n'a aucune preuve, et le principe de base dans les adorations est qu'elles sont fixées par les textes, sauf ce dont la légitimité est établie d'Allâh سبحانه ou de Son Messager ﷺ.
أما الصدقة فتنفع الحي والميت بإجماع المسلمين، وهكذا الدعاء ينفع الحي والميت بإجماع المسلمين، وإنما جاء الحديث بما يتعلق بالميت، لأنه هو محل الإشكال: هل يلحقه أم لا يلحقه فلهذا جاء الحديث عن رسول الله ﷺ: «إذا مات ابن آدم انقطع عمله إلا من ثلاث: صدقة جارية، أو علم ينتفع به، أو ولد صالح يدعو له» لما كان من المعلوم أن الموت تنقطع به الأعمال بيّن الرسول ﷺ أن هذا لا ينقطع.
Quant à l'aumône, elle profite au vivant et au mort, par consensus des musulmans ; et de même l'invocation profite au vivant et au mort, par consensus des musulmans. Le hadîth n'est venu qu'au sujet du mort, parce que c'est lui qui est le lieu de la difficulté : cela lui parvient-il ou non ? C'est pour cela qu'est venu le hadîth du Messager d'Allâh ﷺ : « Lorsque le fils d'Âdam meurt, ses œuvres s'interrompent, sauf trois : une aumône continue, une science dont on tire profit, ou un enfant vertueux qui invoque pour lui. » Comme il était connu que la mort interrompt les œuvres, le Messager ﷺ a exposé que cela ne s'interrompt pas.
وأما الحي فلا شك فيه أنه ينتفع بالصدقة منه ومن غيره وينتفع بالدعاء، فالذي يدعو لوالديه وهم أحياء ينتفعون بدعائه، وهكذا الصدقة عنهم وهم أحياء تنفعهم. وهكذا الحج عنهم إذا كانوا عاجزين لكبر أو مرض لا يرجى برؤه فإنه ينفعهم ذلك، ولهذا ثبت عنه ﷺ: أن امرأة قالت يا رسول الله: إن فريضة الله في الحج أدركت أبي شيخا كبيرا لا يثبت على الراحلة، أفأحج عنه. قال: «حجي عنه».
Quant au vivant, il n'y a aucun doute qu'il profite de l'aumône, venant de lui ou d'autrui, et qu'il profite de l'invocation. Celui qui invoque pour ses parents de leur vivant, ils profitent de son invocation ; de même l'aumône pour eux de leur vivant leur profite ; de même le hajj pour eux s'ils sont incapables, en raison de la vieillesse ou d'une maladie dont on n'espère pas la guérison : cela leur profite. C'est pourquoi il est établi de lui ﷺ qu'une femme dit : ô Messager d'Allâh, l'obligation d'Allâh concernant le hajj a atteint mon père alors qu'il est un vieillard âgé qui ne peut se tenir sur la monture : puis-je accomplir le hajj pour lui ? Il dit : « Accomplis le hajj pour lui. »
وجاءه رجل آخر فقال: يا رسول الله: إن أبي شيخ كبير لا يستطيع الحج ولا الظعن أفأحج عنه وأعتمر؟
Un autre homme vint le trouver et dit : ô Messager d'Allâh, mon père est un vieillard âgé qui ne peut ni accomplir le hajj ni voyager : puis-je accomplir pour lui le hajj et la ʿoumrah ?
قال: «حج عن أبيك واعتمر» فهذا يدل على أن الحج عن الميت أو الحي العاجز لكبر سنه أو المرأة العاجزة لكبر سنها جائز، فالصدقة والدعاء والحج عن الميت أو العمرة عنه وكذلك عن العاجز كل هذا ينفعه عند جميع أهل العلم، وهكذا الصوم عن الميت إذا كان عليه صوم واجب سواء كان عن نذر أو كفارة أو عن صوم رمضان لعموم قوله ﷺ: «من مات وعليه صيام صام عنه وليه» متفق على صحته، ولأحاديث أخرى في المعنى، لكن من تأخر في صوم رمضان بعذر شرعي كمرض أو سفر ثم مات قبل أن يتمكن من القضاء فلا قضاء عنه ولا إطعام لكونه معذورا.
Il dit : « Accomplis le hajj pour ton père, ainsi que la ʿoumrah. » Cela indique que le hajj pour le mort, ou pour le vivant incapable en raison de son grand âge, ou pour la femme incapable en raison de son grand âge, est permis. L'aumône, l'invocation, le hajj pour le mort ou la ʿoumrah pour lui, et de même pour l'incapable : tout cela lui profite auprès de l'ensemble des gens de science. De même, le jeûne pour le mort, s'il avait un jeûne obligatoire à accomplir, qu'il s'agisse d'un vœu, d'une expiation ou du jeûne de Ramadân, en raison de la généralité de sa parole ﷺ : « Quiconque meurt en devant un jeûne, son proche jeûne pour lui. » Son authenticité fait l'objet d'un accord, et d'autres hadîths vont dans le même sens. Cependant, celui qui a différé le rattrapage du jeûne de Ramadân pour une excuse légale, comme une maladie ou un voyage, puis est mort avant de pouvoir rattraper, il n'y a pour lui ni rattrapage ni nourriture à donner, car il était excusé.
وأنت أيها السائل على خير إن شاء الله في إحسانك إلى والديك بالصدقة عنهما والدعاء لهما، ولا سيما إذا كان الولد صالحا، فهو أقرب إلى إجابة الدعاء، لذلك قال الرسول ﷺ: «أو ولد صالح يدعو له» لأن الولد الصالح أقرب إلى أن يجاب من الولد الفاجر، وإن كان الدعاء مطلوبا من الجميع للوالدين، ولكن إذا كان الولد صالحا صار أقرب في إجابة دعوته لوالديه.
Et toi, ô questionneur, tu es sur un bien, si Allâh le veut, dans ta bienfaisance envers tes parents par l'aumône pour eux et l'invocation en leur faveur, surtout lorsque l'enfant est vertueux : il est plus proche de l'exaucement de l'invocation. C'est pour cela que le Messager ﷺ a dit : « ou un enfant vertueux qui invoque pour lui » ; car l'enfant vertueux est plus proche d'être exaucé que l'enfant pervers, même si l'invocation pour les parents est demandée à tous ; mais lorsque l'enfant est vertueux, son invocation pour ses parents est plus proche de l'exaucement.


